Extraits
Je vous invite à la lecture du chapitre 10 de mon roman historique"L'épée et la Lumière".
Bonne lecture !

CHAPITRE X
Ayant largement profité, la nuit durant, de son droit le cuissage sur les deux filles d’un de ses serfs, le Baron Noir se sentait d’humeur bonhomme en ce matin d’Octobre 1219. Et peu lui importait que l’aînée se marie quelques jours plus tard et que sa cadette ait à peine quatorze ans. En effet, bien que terrorisées et pleurant à chaude larmes, les deux pauvrettes lui avaient permis de donner libre cours à sa perversité et à son goût de domination malsaine.
- Au-delà de toute espérance, Seigneur. L’ost chevaleresque qui me fait compagnement représente telle fortelece, qu’il saura mettre à mal la folle coalition qui vous ose faire ombrage. Mais si vous voulez bien, venez voir par vous-même au pied de nos murailles. Je les ai fait poster par devant vos fenestres, afin que vous puissiez vous réjouir les yeux.
Geoffroy se leva du fauteuil seignorial et descendant de l’estrade sur laquelle il était installé, se rendit à l’une des fenêtres de la grande salle que lui indiquait Gunther. Au spectacle qui s’offrait à lui, le maître de Malaterre ne put retenir un rugissement de satisfaction. Sous ses yeux, cavaliers fortement armés, bannière claquant au vent, chariots et intendance étaient si nombreux que sa vue limitée par les montants de la fenêtre ne permettait d’en voir le bout, d’un côté, ou de l’autre.
- Cul du Diable ! Jubila-t-il. Que voilà joiable vision. Sont-ils aussi damnables (14) qu’ils y paraissent ?
Gunther, bombant le torse se rengorgea :
- J’ai déjà eu plaisir, en leur compagnie, à mettre en pièces une escouade de ces orgueilleux Hospitaliers, dont nous avons occis une bonne vingtaine, Monseigneur.
- Fort bien ! Ces culs bénis vont savoir ce qu’en coûte de braver mon courroux, par la mordieu !
Mis en confiance par la satisfaction de son maître, le séide surenchérit :
- Nous avons, de surcroît fait bonne prise de guerre, nous adjugeant de droit montures et armement de la piteuse milite.
C’est le moment que choisit Fulbert d’Orange, âme damnée du Baron Noir, pour interrompre ces joyeuses retrouvailles.
- Cela est bel et bon, mais à un contre dix, si j’en crois les bruits qui courent, est-ce là éclatante victoire ? D’autant plus que dit-on, nombre des nôtres furent navrés lors de l’affrontement.
Gunther planta son regard brûlant de rage dans celui de Fulbert et lui répondit sans aménité :
- J’entends que novelles vont plus prestement que mon cheval. Sachez Messire Fulbert, que les Hospitaliers sont soldats aguerris et qu’on ne livre pas bataille contre ces combattants sans le payer du prix du sang. Vous en seriez consachable (15) si vous quittiez parfois les murs protecteurs de ce château.
Fulbert se leva d’un coup.
- Me traiteriez-vous de couard ?
Mécontent ce cette joute oratoire entre ses deux adjoints, Geoffroy s’interposa sèchement:
- Tout coi, mes deux coqs ! Il est mésavenant de vider vaines borofles (entre vous. Gardez donc vigorance pour sosvaintre l’anémi et redorer mon blason. Restez en sovenables, si vous ne voulez point m’irier à vostre encontre! Cependant, la remarque de Fulbert ne manque point de pertinence et il faudra désors en garder sovenance. Mais baste! Ne boudons cette prime victoire que nous ramène Gunther et qui, n’en doutons point, aura boté (17) fortement le moral des capes noires
- D’autant plus, Monseigneur, que je ramène en mes fontes un présent que vous trouverez, je pense, fort à votre goût. Déclara Gunther.
- Un ofre ? Tiens donc...
Gunther se tourna alors vers l’entrée de la salle.
- Gardes ! Faites entrer le prisonnier.
Les deux soldats appelés firent entrer le chevalier Etienne de Comps dont les poignets étaient lourdement enchaînés. Mais, malgré le pitoyable état dans lequel il se trouvait, ce dernier s’avança tête haute, gardant, malgré sa situation, toute sa dignité.
- Monseigneur, je vous fais céans présent du chevalier hospitalier qui commandait le détachement que nous avons défait.
- Qu’il s’approche, ordonna le Baron Noir.
Les deux gardes poussèrent Etienne sans ménagement jusqu’au pied de l’estrade et ce n’est qu’au prix d’un violent effort qu’il parvint à rester debout.
- Bienvenue à Malaterre, Messire Chevalier - Ironisa Geoffroy, un mauvais sourire aux lèvres - Ainsi donc, tu as un avant-goût du sort que je réserve à qui ose me faire obstacle. J’aurais, vois-tu, pris grand plaisir à t’occire de ma main, mais tu es pour l’instant plus utile vif que mort. Je compte bien, en effet, mander rançon contre ta pauvre vie. Et je trouve grande drôlerie à ce que, pour te sauver, les tiens me versent quelqu’argent utile à les navrer. Qu’en penses-tu moinillon ? Ne trouves-tu point l’idée plaisante?
Etienne, visage et surcot encore couverts de sang ne put retenir sa colère.
- J’en pense que tu n’es qu’un fantoche doublé d’un ribaud et que bientôt, jostice t’estofera !
- Laisse, mon bon Gunther, susurra Geoffroy. Après quelques semaines de cachot, ce petit moine fera moins le fier, j’en suis cert.
Gunther, obéissant, lâcha Etienne qui se releva et fixa le géant teuton dans les yeux :
- Il me plaît que tu sois aussi grand, car le jour où je m’occuperai de toi, ta chute fera si grand bruit qu’elle résonnera jusqu’à l’enfer où je t’expédierai, ribaud !
- Mordieu! Je vais te faire rendre gorge, sale avoltre (18), rugit Gunther en sortant sa dague.
La voix cinglante du Baron Noir stoppa net son geste.
- Assez Gunther ! Contente- toi de mettre nostre invité au cachot. Ne vois-tu pas qu’il cherche à se faire occire afin de nous priver d’une juz rançon.
Obéissant, malgré sa rage, Gunther s’adressa aux deux gardes qui encadraient Etienne :
- Enfermez cette racaille dans la geôle la plus sale et la plus humide du château... Au pain sec et à l’eau !
Les deux soudards se saisirent alors d’Etienne et l’emmenèrent sans ménagement vers son triste destin.
Le sinistre Baron, accompagné de ses deux principaux conseillers Fulbert d’Orange et Paterne le Borgne, passait en revue les installations des nouvelles troupes dont ils disposaient. Guidés par Gunther, ils appréciaient le professionnalisme avec lequel les campements avaient été installés. Sur la plus haute butte, située deux cents mètres à gauche du château, s’élevait désormais un véritable fortin fait de hautes palissades en bois percées de meurtrières et équipé à chaque angle d’une tour de guet. A l’intérieur de cette robuste défense s’élevait le village de tentes où résideraient les chevaliers mercenaires et leur intendance.
Tout autour de cette redoute et du château lui-même, un fossé identique équipé des mêmes pieux meurtriers avait été creusé, derrière lequel hommes d’armes et archers avaient disposé leurs propres campements, formant ainsi une première et redoutable ligne de défense.
- Voilà novelles défendances propres à décourager le plus hardi des assaillants, se rengorgea le Seigneur du Malaterre.
Ce à quoi, Fulbert d’Orange surenchérit :
- Sans compter que le château était déjà par lui même réputé imprenable, Seigneur. Pour preuve, d’aucun à jourd’hui n’en a fait tentement...
Se tournant alors vers Paterne le Borgne, Geoffroy lui demanda :
- Et toi, féal ami, qu’en penses-tu ?
- Que tout cela est bel et bon et par ma foi, fort impressionnant, Messire. Je suis en hâte de voir tout ce beau monde en œuvre de destruiement, par Belzébuth.
- Tu ne crois si bien dire, le Borgne- rétorqua le Baron Noir, un mauvais sourire aux lèvres- Car c’est bien la colère de Satan qui va bientôt s’abattre sur les vils chiens qui m’ont osé défier !
Il en avait l’air presque aimable en recevant Gunther qui, enfin de retour, était, disait-on, porteur d’excellentes nouvelles, en plus d’être accompagné d’une force armée que l’on disait edoutable.
- Alors, mon bon Gunther, as-tu bonnement accompli la mission que je t’avais confiée ?- Au-delà de toute espérance, Seigneur. L’ost chevaleresque qui me fait compagnement représente telle fortelece, qu’il saura mettre à mal la folle coalition qui vous ose faire ombrage. Mais si vous voulez bien, venez voir par vous-même au pied de nos murailles. Je les ai fait poster par devant vos fenestres, afin que vous puissiez vous réjouir les yeux.
Geoffroy se leva du fauteuil seignorial et descendant de l’estrade sur laquelle il était installé, se rendit à l’une des fenêtres de la grande salle que lui indiquait Gunther. Au spectacle qui s’offrait à lui, le maître de Malaterre ne put retenir un rugissement de satisfaction. Sous ses yeux, cavaliers fortement armés, bannière claquant au vent, chariots et intendance étaient si nombreux que sa vue limitée par les montants de la fenêtre ne permettait d’en voir le bout, d’un côté, ou de l’autre.
- Cul du Diable ! Jubila-t-il. Que voilà joiable vision. Sont-ils aussi damnables (14) qu’ils y paraissent ?
Gunther, bombant le torse se rengorgea :
- J’ai déjà eu plaisir, en leur compagnie, à mettre en pièces une escouade de ces orgueilleux Hospitaliers, dont nous avons occis une bonne vingtaine, Monseigneur.
- Fort bien ! Ces culs bénis vont savoir ce qu’en coûte de braver mon courroux, par la mordieu !
Mis en confiance par la satisfaction de son maître, le séide surenchérit :
- Nous avons, de surcroît fait bonne prise de guerre, nous adjugeant de droit montures et armement de la piteuse milite.
C’est le moment que choisit Fulbert d’Orange, âme damnée du Baron Noir, pour interrompre ces joyeuses retrouvailles.
- Cela est bel et bon, mais à un contre dix, si j’en crois les bruits qui courent, est-ce là éclatante victoire ? D’autant plus que dit-on, nombre des nôtres furent navrés lors de l’affrontement.
Gunther planta son regard brûlant de rage dans celui de Fulbert et lui répondit sans aménité :
- J’entends que novelles vont plus prestement que mon cheval. Sachez Messire Fulbert, que les Hospitaliers sont soldats aguerris et qu’on ne livre pas bataille contre ces combattants sans le payer du prix du sang. Vous en seriez consachable (15) si vous quittiez parfois les murs protecteurs de ce château.
Fulbert se leva d’un coup.
- Me traiteriez-vous de couard ?
Mécontent ce cette joute oratoire entre ses deux adjoints, Geoffroy s’interposa sèchement:
- Tout coi, mes deux coqs ! Il est mésavenant de vider vaines borofles (entre vous. Gardez donc vigorance pour sosvaintre l’anémi et redorer mon blason. Restez en sovenables, si vous ne voulez point m’irier à vostre encontre! Cependant, la remarque de Fulbert ne manque point de pertinence et il faudra désors en garder sovenance. Mais baste! Ne boudons cette prime victoire que nous ramène Gunther et qui, n’en doutons point, aura boté (17) fortement le moral des capes noires
- D’autant plus, Monseigneur, que je ramène en mes fontes un présent que vous trouverez, je pense, fort à votre goût. Déclara Gunther.
- Un ofre ? Tiens donc...
Gunther se tourna alors vers l’entrée de la salle.
- Gardes ! Faites entrer le prisonnier.
Les deux soldats appelés firent entrer le chevalier Etienne de Comps dont les poignets étaient lourdement enchaînés. Mais, malgré le pitoyable état dans lequel il se trouvait, ce dernier s’avança tête haute, gardant, malgré sa situation, toute sa dignité.
- Monseigneur, je vous fais céans présent du chevalier hospitalier qui commandait le détachement que nous avons défait.
- Qu’il s’approche, ordonna le Baron Noir.
Les deux gardes poussèrent Etienne sans ménagement jusqu’au pied de l’estrade et ce n’est qu’au prix d’un violent effort qu’il parvint à rester debout.
- Bienvenue à Malaterre, Messire Chevalier - Ironisa Geoffroy, un mauvais sourire aux lèvres - Ainsi donc, tu as un avant-goût du sort que je réserve à qui ose me faire obstacle. J’aurais, vois-tu, pris grand plaisir à t’occire de ma main, mais tu es pour l’instant plus utile vif que mort. Je compte bien, en effet, mander rançon contre ta pauvre vie. Et je trouve grande drôlerie à ce que, pour te sauver, les tiens me versent quelqu’argent utile à les navrer. Qu’en penses-tu moinillon ? Ne trouves-tu point l’idée plaisante?
Etienne, visage et surcot encore couverts de sang ne put retenir sa colère.
- J’en pense que tu n’es qu’un fantoche doublé d’un ribaud et que bientôt, jostice t’estofera !
Gunther, fou de rage, attrapa Etienne par les cheveux et d’un violent coup de pied derrière la jambe l’obligea à s’agenouiller.
- A genou vil chien, quand tu t’adresses au Seigneur de Malaterre ! Et surveille ton langage si tu ne veux avoir langue coupée pour ton impertinence !- Laisse, mon bon Gunther, susurra Geoffroy. Après quelques semaines de cachot, ce petit moine fera moins le fier, j’en suis cert.
Gunther, obéissant, lâcha Etienne qui se releva et fixa le géant teuton dans les yeux :
- Il me plaît que tu sois aussi grand, car le jour où je m’occuperai de toi, ta chute fera si grand bruit qu’elle résonnera jusqu’à l’enfer où je t’expédierai, ribaud !
- Mordieu! Je vais te faire rendre gorge, sale avoltre (18), rugit Gunther en sortant sa dague.
La voix cinglante du Baron Noir stoppa net son geste.
- Assez Gunther ! Contente- toi de mettre nostre invité au cachot. Ne vois-tu pas qu’il cherche à se faire occire afin de nous priver d’une juz rançon.
Obéissant, malgré sa rage, Gunther s’adressa aux deux gardes qui encadraient Etienne :
- Enfermez cette racaille dans la geôle la plus sale et la plus humide du château... Au pain sec et à l’eau !
Les deux soudards se saisirent alors d’Etienne et l’emmenèrent sans ménagement vers son triste destin.
Le sinistre Baron, accompagné de ses deux principaux conseillers Fulbert d’Orange et Paterne le Borgne, passait en revue les installations des nouvelles troupes dont ils disposaient. Guidés par Gunther, ils appréciaient le professionnalisme avec lequel les campements avaient été installés. Sur la plus haute butte, située deux cents mètres à gauche du château, s’élevait désormais un véritable fortin fait de hautes palissades en bois percées de meurtrières et équipé à chaque angle d’une tour de guet. A l’intérieur de cette robuste défense s’élevait le village de tentes où résideraient les chevaliers mercenaires et leur intendance.
Tout autour de cette redoute et du château lui-même, un fossé identique équipé des mêmes pieux meurtriers avait été creusé, derrière lequel hommes d’armes et archers avaient disposé leurs propres campements, formant ainsi une première et redoutable ligne de défense.
- Voilà novelles défendances propres à décourager le plus hardi des assaillants, se rengorgea le Seigneur du Malaterre.
Ce à quoi, Fulbert d’Orange surenchérit :
- Sans compter que le château était déjà par lui même réputé imprenable, Seigneur. Pour preuve, d’aucun à jourd’hui n’en a fait tentement...
Se tournant alors vers Paterne le Borgne, Geoffroy lui demanda :
- Et toi, féal ami, qu’en penses-tu ?
- Que tout cela est bel et bon et par ma foi, fort impressionnant, Messire. Je suis en hâte de voir tout ce beau monde en œuvre de destruiement, par Belzébuth.
- Tu ne crois si bien dire, le Borgne- rétorqua le Baron Noir, un mauvais sourire aux lèvres- Car c’est bien la colère de Satan qui va bientôt s’abattre sur les vils chiens qui m’ont osé défier !